Le Case Manager : pivot humain de la télésurveillance en psychiatrie
Derrière chaque donnée de télésurveillance se trouve un expert clinique. Découvrez les missions du Case Manager, ce professionnel de santé qui maintient le lien avec le patient entre les consultations, coordonne son parcours et filtre les urgences pour redonner du temps médical au psychiatre.
February 25, 2026
3 minutes
Si la technologie peut se révéler moteur de l'amélioration de la prise en charge en psychiatrie, l'humain en reste néanmoins le pilote.
Dans notre précédent article, nous avons vu comment la télésurveillance se positionne comme un levier puissant pour sécuriser, fluidifier et personnaliser le parcours de soins des patients en psychiatrie.
Mais une question demeure centrale : qui se trouve derrière l'écran pour interpréter ces données et rassurer le patient ? La réponse tient en deux mots : Case Manager.
Ce professionnel de santé coordonnateur est la véritable clé de voûte du dispositif. Loin de déshumaniser la relation entre le patient et son équipe de soins, la télésurveillance, incarnée par le Case Manager, recrée du lien là où il fait souvent défaut et le renforce pour un suivi au plus proche des patients entre les visites.
De la théorie à la pratique, plongez dans les coulisses de ce rôle qui redessine le parcours de soins en psychiatrie.
I. Comprendre le rôle de Case Manager, une fonction de coordination essentielle
Qu'est-ce qu'un Case Manager (CM) ?
Le Case Manager est un professionnel de santé (infirmier, psychologue ou autre professionnel formé) en charge de la surveillance et du suivi des patients à distance. Il ou elle assure un rôle pivot entre :

En somme, il est le garant du protocole de soins. Sans lui, les données collectées par les questionnaires resteraient des chiffres muets. C'est son analyse clinique qui leur donne du sens.
II. Les missions clés du Case Manager
Le rôle s'articule autour de trois piliers fondamentaux qui garantissent l'adhésion du patient à la télésurveillance et l'efficacité du suivi.
1. Intégration et formation : créer l'alliance thérapeutique
Tout commence par l'inclusion, qui se fait suite à la prescription par le psychiatre. À cette étape du parcours, le rôle du CM est pédagogique : il a pour mission d'aider le patient à s'approprier l'outil numérique. Cela passe par :
- L’explication du dispositif : "Pourquoi répond-on à ces questions ? À quoi servent les alertes ?". Il est crucial d’ancrer l’intérêt pour le patient de participer activement à son suivi.
- Vérification de la littératie numérique : s'assurer que le patient est à l'aise avec la technologie pour éviter que l'outil ne devienne un facteur de stress supplémentaire ou même un frein à l’utilisation.
- Création du lien : c'est à ce moment que se noue la confiance. Le patient comprend qu'il n'est pas seul face à une application entre les consultations, mais qu'il est accompagné par une équipe médicale qui s’appuie sur un outil pour mieux le suivre au plus près de son quotidien.
2. Surveillance active et gestion des alertes
C'est le cœur du rôle. Le CM analyse régulièrement les données remontées par la plateforme grâce à son tableau de bord.
Les objectifs de la gestion des alertes :
- Repérer les signes de décompensation psychique, les effets indésirables des traitements, les risques de non-observance aux traitements ou à la télésurveillance
- Évaluer les besoins du patient
- Proposer un contact humain si nécessaire
- Orienter en cas de besoin
- Tracer les actions entreprises dans la plateforme
Son expertise lui permet de détecter une dégradation clinique (signaux faibles de rechute, effets indésirables, etc.) et ainsi de se concentrer en priorité sur les patients qui en ont le plus besoin, au bon moment en traitant les alertes selon un ordre de priorité.
3. Coordination du parcours de soins
Le CM agit comme une tour de contrôle qui orchestre le parcours de soins de ses patients. Il agit comme un facilitateur qui fluidifie les échanges entre le patient et l'ensemble de son équipe soignante. Il est :
- Une interface efficace avec le psychiatre : en filtrant et en qualifiant les données transmises (humeur, tolérance au traitement), il optimise le temps médical et adapte l’agenda en fonction des échanges liés au télésuivi. Le médecin peut ainsi se consacrer pleinement aux cas complexes et aux choix thérapeutiques, sans voir son temps saturé par des sollicitations ne nécessitant pas son expertise immédiate.
- Un garant de la cohérence du parcours : il veille à ce qu'il n'y ait pas de rupture dans le suivi. En s'assurant que le patient reste connecté à son équipe et en anticipant les besoins, il rend le parcours de soins plus lisible et plus serein pour le patient. Il peut également l'orienter vers des soins de support (psychologues, structures sociales, GEM) de façon personnalisée pour une prise en charge globale.
III. Le quotidien du Case Manager
Le rôle de Case Manager s'inscrit dans le prolongement logique des compétences et des missions des IPA ou IDEC et s'intègre aisément à leur routine de travail. Concrètement, il s’articule de la façon suivante :
- Revue des tableaux de bord : le CM identifie prioritairement les patients présentant des alertes (rouge/orange correspondant à un niveau de sévérité élevé) et nécessitant une action immédiate.
- Appels sortants : il contacte les patients pour qualifier l'alerte. C'est un temps d'écoute active et de soutien.
- Coordination : en cas d'alerte sévère confirmée, il échange directement avec le psychiatre référent pour décider de la conduite à tenir.
Zoom sur le parcours patient
Voici comment s'articule l'intervention du Case Manager tout au long du suivi :

Scénario d'usage
De la théorie à la pratique : zoom sur la gestion d'un cas d'observance.
1. L'alerte 🚨 :
M. Martin déclare dans son questionnaire :
- Avoir omis de prendre son traitement plus de trois fois cette semaine
- Ressentir des vertiges et des troubles sexuels
Une alerte est générée sur le tableau de bord.
2. L'investigation 📞 : Le Case Manager appelle M. Martin. Le patient confirme au téléphone que ces symptômes le gênent et qu'il a donc moins envie de prendre son traitement.
3. L'action ✅ :
- Le CM rassure le patient.
- Il transmet immédiatement l'information structurée au psychiatre.
Résultat : le psychiatre adapte le dosage sans attendre la prochaine consultation prévue, évitant ainsi une potentielle rechute.
Conclusion
Le succès de la télésurveillance repose sur la double compétence du Case Manager à maintenir le lien humain pour accompagner le patient et appliquer une analyse clinique efficace pour interpréter les données.
Ce professionnel de santé clé dans le du suivi utilise son expertise clinique pour qualifier chaque alerte, rendant le dispositif pertinent :
- Pour le patient : il offre une sécurité et une présence continue, brisant l'isolement face à la technologie et à la maladie.
- Pour le psychiatre : il agit comme un filtre expert qui trie le "bruit de fond", permettant au médecin de consacrer son temps aux situations qui requièrent réellement sa décision thérapeutique.



