SantExpo 2026 — Comment l'hôpital atteint-il l'excellence ? Retour sur quatre regards croisés
À l'occasion de SantExpo 2026, dont le thème « L'excellence en santé : un engagement pour toutes les générations » a rythmé trois jours d'échanges, la communauté hospitalière s'est réunie pour interroger les conditions d'un système de santé performant, équitable et soutenable.
May 27, 2026
5 minutes
Au fil des conférences inaugurales, des sessions stratégiques et des Agoras spécialisées de cette édition, une même question est revenue, déclinée sous plusieurs angles : « Comment l'hôpital atteint-il l'excellence ? ».
Une question qui n'appelle pas de réponse simple. L'excellence en santé est moins un état acquis qu'une trajectoire à entretenir, faite de tensions à arbitrer et de transformations à orchestrer. Quatre lignes de force ont structuré les débats : la donnée et l'intelligence artificielle comme nouveaux outils du soin, les ressources humaines comme moteur essentiel mais sous tension, le patient comme partenaire à toutes les étapes de sa vie, et la structuration de l'innovation comme cadre d'une transformation durable.
Retour sur les messages clés qui ont structuré cette édition, à travers ces quatre axes.
L'excellence par la donnée et l'Intelligence Artificielle
Sur les stands comme dans les conférences, l'Intelligence Artificielle (IA) s'est imposée comme le sujet le plus présent de cette édition. L'observation est partagée : les technologies d'IA s'adoptent à une vitesse inédite dans le système de santé et constituent, selon plusieurs intervenants, de véritables innovations de rupture.
Une adoption fulgurante, mais une transformation à organiser
Trois grands axes de développement structurent cette dynamique : l'aide à la décision clinique, notamment en imagerie et radiologie ; les agents conversationnels, dont les premiers résultats en santé mentale ouvrent des perspectives encourageantes ; et l'automatisation administrative, qui ambitionne de redonner du temps clinique aux soignants. Plusieurs retours d'expérience présentés sur l'événement convergent : lorsque ces outils sont bien intégrés aux parcours, ils peuvent contribuer à réduire le temps consacré aux tâches de saisie et de relance, au bénéfice du temps clinique disponible.
Plusieurs interventions consacrées à la recherche clinique ont illustré une bascule en cours : passer d'une IA qui assiste les chercheurs à une découverte assistée, où des agents collaborent avec les équipes tout au long du processus. L'Hôpital Foch, sur la structuration automatisée des cahiers d'observation électroniques (eCRF), ou l'AP-HP, qui réfléchit à recentrer ses professionnels de la recherche sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, ont illustré la diversité des chantiers en cours.
Les conditions d'une IA réellement adoptée au quotidien
Au-delà de la technologie, plusieurs conférences ont rappelé que l'adoption d'un outil numérique repose sur trois conditions cumulatives : être ergonomique, fonctionner techniquement de façon fiable, et surtout répondre à un besoin réel issu du terrain. La réplicabilité est l'autre clé : un outil pensé pour une unité doit pouvoir s'intégrer ailleurs et entrer durablement dans les pratiques. À cela s'ajoute l'enjeu de la formation et de l'acculturation, indispensables à une IA responsable.
L'interopérabilité, condition préalable à la valeur de la donnée
Une session dédiée aux enjeux d'interopérabilité a rappelé qu'une part importante des données de santé produites en routine reste aujourd'hui non exploitée. Les examens sont de plus en plus précis, et de nouvelles sources (comportementales, déclaratives, etc.) viennent enrichir l'écosystème. Mais sans cartographie, sans standardisation et sans circulation fluide, ces données restent largement inertes. Le constat partagé est sans détour : si une solution n'est pas connectée au reste du système d'information, les soignants finissent par s'en détourner.
Souveraineté, éthique et écologie
La conférence Faire génération a mis en lumière les enjeux qui accompagnent cette transformation : biais algorithmiques liés à des bases de données peu diversifiées, besoin de souveraineté numérique, impact environnemental du stockage des données et de l'entraînement des modèles. La Délégation ministérielle au Numérique en Santé (DNS) lance dans ce cadre un observatoire d'éthicovigilance, destiné à recueillir les signalements du terrain concernant les effets du numérique sur l'accès aux soins.
L'excellence par celles et ceux qui soignent
Un système hospitalier sous tension RH
L'excellence des soins repose, avant tout, sur celles et ceux qui les délivrent au quotidien. Les conférences inaugurales l'ont rappelé sans détour : le système hospitalier est confronté à une tension RH inédite, à la fois sur le recrutement, la fidélisation et l'attractivité des métiers. En psychiatrie, près de 40% des postes hospitaliers seraient vacants [1], dans un contexte où les besoins explosent. La pédopsychiatrie, dont l'âge moyen des praticiens dépasse 60 ans [2], illustre l'ampleur du défi. La FHF a appelé à anticiper collectivement les transformations liées à la longévité, et a remis à la Ministre de la santé un cadre de loi de programmation pour planifier dans la durée l'offre de santé.
Un plan d'attractivité en cours de déploiement
Plusieurs réformes structurantes ont été présentées par la Direction Générale de l'Offre de Soins (DGOS). La réforme des astreintes, entrée en vigueur en novembre 2025, revalorise l'indemnisation des professionnels. La réforme de la haute fonction publique, désormais appliquée aux directeurs d'hôpitaux, et l'aboutissement de la réforme du métier infirmier complètent ce mouvement. La certification périodique des sept professions à ordre, dont le déploiement opérationnel s'appuiera sur des référentiels publiés début 2026, structure quant à elle quatre axes : actualiser les connaissances, améliorer les pratiques, renforcer la relation avec les patients, et prendre en compte la santé des soignants.
La santé des équipes, condition de la qualité du soin
La santé mentale des professionnels s'est imposée comme un fil rouge transversal de l'édition. Plusieurs conférences ont rappelé que la sinistralité dans le secteur reste supérieure à celle d'autres secteurs d'activité. Le plan d'action opérationnel sur la santé des professionnels, annoncé par le ministère, vise à apporter des réponses structurées en matière de prévention des risques psychosociaux, de sécurité et de lutte contre les violences sexistes.
Au-delà des réformes institutionnelles, plusieurs initiatives plus directement tournées vers les équipes contribuent à reconnaître et accompagner ce que vivent les soignants. Ces démarches, complémentaires des réformes structurelles, traduisent une prise de conscience : l'excellence du soin passe aussi par l'attention portée à celles et ceux qui le délivrent.
C'est dans cet esprit que s'inscrit L'Heure des Soignants, un webinaire trimestriel organisé par Resilience Care à destination des professionnels de santé partenaires. Conçu comme un espace d'échange entre pairs, ce rendez-vous réunit soignants et experts autour de sujets ancrés dans le quotidien du soin : la santé mentale, l'équilibre vie professionnelle et personnelle, la communication avec les patients, ... Une manière concrète pour Resilience Care de tenir sa promesse : prendre soin de ceux qui soignent.
Le numérique : un poids ou un levier, selon les conditions d'usage
La tension qui pèse aujourd'hui sur le rapport des soignants au numérique a été largement abordée. D'un côté, le constat partagé d'une dégradation de la qualité de vie au travail liée à des outils chronophages : les médecins consacreraient jusqu'à la moitié de leur temps à des tâches de saisie. De l'autre, des retours d'expérience encourageants sur des outils qui, bien conçus, libèrent du temps soignant. Plusieurs retours d'expérience présentés sur l'événement illustrent ce double visage du numérique. Dans certains établissements, l'automatisation des appels de la veille et du lendemain a permis de réduire significativement le volume d'appels manuels, sans diminution des effectifs soignants : le temps libéré est redéployé vers la relation au patient.
L'excellence par et pour le patient, à tout âge
Le patient, partenaire de son parcours
Un autre sujet a traversé de nombreuses échanges : le passage du patient « pris en charge » au patient « acteur ». La conférence FHF, consacrée à l'expérience patient, a illustré cette évolution à travers l'exemple d’un patient insuffisant cardiaque intégré aux réunions cliniques de sa région. Son témoignage a fait basculer la perspective des équipes : au moment de son diagnostic, il n'était pas en état de comprendre les explications médicales. Cet apport a conduit à repenser les parcours, et il est aujourd'hui patient expert, intervenant en éducation thérapeutique.
Cette logique est portée plus largement par les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), qui structurent en ville les démarches d'expérience patient. À Lyon, des étudiants en médecine de troisième année sont envoyés au domicile de malades chroniques pour observer ce qui se passe « derrière la prescription », découvrant des prescriptions parfois inapplicables, ou des aidants eux-mêmes trop fragiles pour soutenir le patient.
L'adhésion au traitement : un enjeu souvent mal lu
Plusieurs conférences ont insisté sur la nécessité de revisiter la question de l'adhésion au traitement. Un patient qui ne prend pas son traitement ne le fait pas toujours par refus : c'est souvent dû à la solitude, à la fatigue, à une incompréhension ou à un environnement de vie inadapté. Comprendre ces freins suppose d'écouter, d'accompagner et de partager la charge entre acteurs (médecins, infirmières spécialisées, pairs patients via les associations). L'éducation thérapeutique apparaît dans ce contexte comme un levier majeur.
Tous les âges, toutes les vulnérabilités
L'angle générationnel du thème de SantExpo 2026 a particulièrement résonné dans les conférences consacrées à la santé mentale. La conférence FHF « De la petite enfance au grand âge : une psychiatrie de la continuité » a rappelé que tous les âges sont concernés par les troubles psychiques, et que les principaux points de rupture du parcours se situent aux moments de transition.
La conférence dédiée au repérage et à l'intervention précoce, présentée par la DGOS, a permis de découvrir le modèle national en cours de structuration pour 2027. Trois constats partagés : une part importante des troubles psychiques se développe à l'adolescence, les délais d'accès à la psychiatrie atteignent encore plusieurs années, et les retours sur investissement d'un repérage précoce sont rapides. Le rapport présenté insiste sur le besoin d'une gouvernance interministérielle, d'une cartographie qualifiée des soins, et d'une fonction de référent pivot pour lutter contre la discontinuité des parcours. L'analogie présentée avec l'oncologie a été particulièrement parlante : le dépistage et l'accompagnement précoce doivent devenir, en santé mentale, aussi normalisés qu'en cancérologie.
Connecter sans déshumaniser
Le développement du numérique soulève cependant un paradoxe : plusieurs millions de Français restent éloignés du numérique, et plus celui-ci se complexifie, plus la demande d'accompagnement humain augmente. Dans ce contexte, plusieurs intervenants ont rappelé que dans la télésurveillance, ce que les patients plébiscitent n'est pas l'objet connecté en lui-même, mais le lien humain recréé par l'infirmière de coordination. Une observation qui éclaire ce que devrait être le rôle du numérique en santé : non pas remplacer la relation, mais lui redonner du temps et du sens.
L'excellence par la structuration et le financement de l'innovation
L'investissement comme levier d'efficience
Plusieurs interventions institutionnelles ont rappelé la tension financière dans laquelle évoluent aujourd'hui les établissements. La FHF a alerté sur le décrochage entre les comptes hospitaliers et la réalité des besoins, tandis que la Ministre de la santé a confirmé, lors de la conférence inaugurale, la publication prochaine d'une enveloppe d'investissement destinée à prendre le relais du plan Ségur. Le futur Comité stratégique national, structuré autour de quatre axes — développement des activités complémentaires (HAD, télémédecine, téléexpertise, ambulatoire), coopération entre établissements, dépassement du clivage ville-hôpital, et coopération public-privé — esquisse la feuille de route des prochaines années.
Structurer les parcours pour gagner en équité
L'exemple le plus abouti est sans doute celui des Comprehensive Cancer Centers (CCC), présenté lors de la conférence consacrée à la cancérologie publique. Porté par l'Institut National du Cancer (INCa) dans le cadre du Plan cancer européen et du programme EU4Health, ce projet vise à structurer en réseau une centaine de centres à l'échelle européenne, sur la base d'un référentiel commun. L'objectif est double : lutter contre la fragmentation de l'excellence, et garantir l'équité d'accès aux soins sur l'ensemble des territoires.
Au-delà de l'oncologie, plusieurs initiatives territoriales explorent des voies similaires. En Région Grand Est, le projet DAME s’appuie sur l’identification automatique grâce au SIH des usagers fréquents des urgences pour leur proposer un accompagnement personnalisé, avec une réduction des passages aux urgences pour les patients inclus. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le dispositif Présence 64 accompagne depuis plusieurs années l'installation des médecins par une approche large incluant logement, emploi du conjoint et éducation des enfants.
L'hospitalisation à domicile, nouveau pilier des parcours
L'hospitalisation à domicile (HAD) s'est également imposée comme un sujet central, en particulier en cancérologie. La stratégie décennale de lutte contre le cancer fixe un objectif clair : accélérer et sécuriser le virage domiciliaire. L'expérimentation prévue par l'article 50 de la LFSS 2024 [3], déployée au CH Simone Veil de Beauvais, illustre la manière dont une articulation étroite entre HAD et hôpital de jour permet de structurer un parcours plus fluide, où l'HAD devient une HAD traitante impliquée tout au long du parcours. **L'étude médico-économique Carfil-HAD [4] va dans le même sens : la combinaison HAD/HDJ permet une économie sur les coûts de prise en charge sans compromettre la sécurité ni la qualité de vie des patients.
Quand un modèle inspire un autre
Un fil rouge a traversé plusieurs conférences : le modèle de parcours coordonné développé en oncologie pourrait inspirer la structuration d'autres spécialités. C'est notamment l'analogie qui a été proposée pour la psychiatrie, où l'enjeu est d'atteindre un même stade de déstigmatisation et d'accompagnement préventif que celui aujourd'hui acquis en cancérologie. Cette transversalité est sans doute l'un des messages les plus structurants de l'édition : les outils, les pratiques et les modèles d'organisation construits pour répondre à une problématique spécifique deviennent, lorsqu'ils ont fait leurs preuves, des ressources pour l'ensemble du système de santé.
Au terme de ces trois jours, un constat se dégage : l'excellence en santé n'est pas un état que l'on atteint, mais un engagement que l'on prolonge. La donnée comme matière première, les soignants comme moteur, les patients comme partenaires, et la structuration comme cadre dessinent ensemble la trajectoire d'un hôpital qui se transforme pour apporter le bon soin, au bon patient, au bon moment, et ce à toutes les générations.
Sources
[2] Profil Médecin. Chiffres clés : Pédopsychiatre. Août 2022.



